Mais où va toute la nourriture gâchée ?

Chaque année un tiers de la nourriture produite est gaspillée dans le monde*. Un gâchis gargantuesque qui révèle les mauvaises habitudes des industriels comme des consommateurs. Où va la nourriture gaspillée  ? Comment agir ? Initiatives positives et bonnes habitudes à adopter dans cet article.


Les problématiques de surproduction, de mauvaise gestion des stocks, de rupture de la chaîne du froid, de DLC (date limite de consommation) ou de standards de consommation imposés par les distributeurs, entraînent une perte inouïe de nourriture produite pour être jetée dans les déchetteries. Dans un monde où l’accès à la nourriture est l'une des fractures sociales les plus importantes, jeter un tiers de ce qui est produit, surtout quand c’est biologique et de qualité, ça fait mal - et en particulier à la planète (prélèvement vain des ressources, émissions superflues, production inutile de déchets, etc). Éviter le gaspillage alimentaire représenterait une manne de 990 milliards de dollars par an*, de quoi investir dans des projets d’égalité des chances et des assiettes. Heureusement, des initiatives positives poussent comme des champignons et des habitudes quotidiennes, faciles à adopter, permettent de changer la donne. On vous explique !

Rien ne se perd, tout se transforme : les solutions à grande échelle

Le compostage : valoriser la matière

Le compostage, c’est passer de biodéchets organiques à un engrais riche et naturel utilisé pour nourrir la terre. En présence d’oxygène, on laisse se décomposer des biodéchets (fruits, légumes, végétaux, coquilles d’œufs, marc de café, etc). On y ajoute des petits ouvriers (des vers de terre principalement) qui vont manger, digérer et transformer la matière première. À petite échelle, c’est utile pour nourrir la terre de votre potager et avoir de beaux légumes, ou nourrir vos plantes intérieures qui raffoleront d’un engrais naturel. À grande échelle, cela permet de produire de l’engrais naturel pour le monde agricole sans utilisation de produits chimiques. 


Psst : à partir du 1er janvier 2024 (loi AGEC) les particuliers et les professionnels devront s’équiper d’une solution de tri à la source des biodéchets pour favoriser la valorisation organique.


La méthanisation : se chauffer avec des épluchures de carottes

La méthanisation ressemble au compostage à peu de chose près qu’elle permet de créer du biogaz, et donc de l’énergie renouvelable. Eh oui, on peut se chauffer avec les épluchures de pommes de terre. On laisse reposer les déchets alimentaires en anaérobie (sans oxygène, cette fois-ci) et la fermentation produite crée du gaz utilisé dans le réseau de la ville pour générer de l’électricité, de la chaleur ou encore du carburant. En plus de la super valorisation des déchets que cela représente, la méthanisation est un revenu complémentaire pour les agriculteurs, qui tirent un profit de leurs invendus et de leurs produits abîmés.

Les valorisations auxquelles on n'avait pas pensé

La Pet Food : certaines entreprises récupèrent les excédents des brasseries (céréales), de l’industrie alimentaire et des boucheries pour fabriquer de la nourriture pour nos amis les bêtes. Malin !

Du jus de fruit engagé : No Filter (et bien d’autres, ils ne sont pas les seuls) ont eu l’idée (géniale) de transformer la surproduction fruitière en jus de fruits savoureux.  

Du plastique végétal : créer du plastique biodégradable à partir de déchets alimentaires, c'est possible depuis plusieurs années (et c’est très ressemblant). Comment ? Grâce à un processus qui combine l’action de deux familles de bactéries. Une première pour digérer la matière, une seconde qui la transforme en un matériau aux mêmes caractéristiques que le plastique. Cette technique permet de créer des emballages compostables et biodégradables solides, et représente une alternative à l’industrie du plastique !

Du simili cuir de raisin : des entreprises ont eu l’idée fantastique de récupérer le marc de raisin de l’industrie viticole, de le sécher et de le mélanger à différents ingrédients (dont du polyester recyclé et des huiles végétales) pour en faire une matière ressemblante à deux gouttes d’eau. Pourquoi ? Faire de la maroquinerie, des baskets (comme la marque MoEa) ou des vêtements. L’humain est inventif !

Les entreprises qui aident les professionnels à se responsabiliser

L’alimentation ne doit pas être un bien de consommation comme les autres” a dit le chef étoilé Thierry Marx. 14 % du gaspillage européen vient du secteur de la restauration selon la FAO*. Des entreprises se sont justement lancées pour aider les professionnels à réduire ce gaspillage, et plus largement à mieux prendre en compte leurs enjeux RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

Mon restau passe durable

Mon restau passe durable est une association qui étudie les pistes pour rendre un restaurant plus durable et réduire le gaspillage alimentaire. Une source d’informations et d’idées riches pour les restaurateurs. 

Greenly 

Il existe beaucoup de startups comme Greenly, qui proposent des accompagnements sur-mesure pour les entreprises souhaitant engager leur business dans une démarche responsable et qui ne savent pas comment s’y prendre. Certifié B Corp, Greenly propose un programme global comprenant des bilans GES, des analyses adaptées aux émissions liées à l’activité, des stratégies zéro déchet, des audits poussés et un accompagnement prodigué par un ingénieur climat !

Des startups ingénieuses

Beesk achète les produits hors normes des producteurs et les revend aux enseignes de restauration collective ou commerciale. Solaal valorise les déchets des entreprises en les distribuant aux associations ou dans des circuits de valorisation circulaire.  

Les gestes quotidiens pour lutter contre le gaspillage

Quand on parle de gaspillage, l’effort n’est pas qu’à produire du côté des industriels. Les Français jetaient 30 kg de nourriture par habitant et par an en 2017** dont 7kg encore emballés et non consommés. Comment agir au quotidien pour moins gaspiller ? Nos astuces.

Faire la différence entre DLC et DDM

On le connaît tous, ce questionnement devant la date d’une sauce tomate à la provençale ou d’une boîte d’œufs. On ne sait jamais trop si on peut encore consommer le produit ou s'il ne faut absolument pas le mettre dans sa bouche, au risque d’une fin de journée compliquée. Pour commencer, sachez qu’il y a deux types de dates : les DLC et les DDM. La confusion entre ces deux dates est une des causes importantes du gaspillage des ménages.

DLC : celle qu’on suit

Les DLC, ou dates limites de consommation, sont à vocation sanitaire, et sont obligatoires depuis 1984. Passé cette date, le produit est considéré comme dégradé et à risque pour la santé. 

DDM : celle qui informe

Les DDM, ou dates de durabilité minimale, expriment le fait que l’aliment commence à perdre ses propriétés gustatives et visuelles (on dit organoleptiques) et que sa texture ou sa couleur peuvent changer, sans aucun risque pour la santé. Ce qui fait qu’un yaourt, un œuf, un fromage peuvent être consommés parfois longtemps après le dépassement de cette date. 

L’art d’un frigo optimal

Souvent, les produits s'abîment directement dans le frigo alors que l’on n'a pas encore eu le temps de les entamer. Pour cela, il y a quelques astuces : 

  • Stocker les produits dans le compartiment qui leur est dédié (légumes dans le bac à légumes, produits liquides dans les portes, etc) car les températures et l’humidité y sont adaptées
  • Nettoyer régulièrement son frigo pour éviter le développement bactérien
  • Faire attention aux DLC quand on range ses courses, pour mettre en avant les produits qui se périment bientôt
  • Emballer sa salade d’un torchon légèrement humidifié par exemple, et autres techniques oubliées de nos grand-mères disponibles sur internet  !

Au restaurant

Vous n’avez plus de place pour finir ce délicieux pad thaï ou cet ambitieux tiramisu à la pistache ? Pas grave. On demande un doggy bag (les restaurateurs sont dans l’obligation d’en fournir un depuis le 1er juillet 2021). Un doggy bag, c’est une boîte dans laquelle on récupère sa nourriture pour la finir plus tard.

Utiliser des applis et soutenir des startups engagées

En la matière, il en existe une pléiade :

  • Hophopfood met en lien des particuliers qui veulent faire des dons alimentaires à des associations. 
  • Frigo magic ou Save eat proposent des idées de recettes pour valoriser et sublimer ses restes. 
  • Jeter des produits, c'est rageant ! Et quand ce sont de bons fruits et légumes biologiques, ça l’est encore plus ! C’est pour ça que chez Bene Bono, on vous propose des paniers de fruits et légumes biologiques et français, sauvés du gaspillage, et ce, chaque semaine.

Il n’y a plus qu’à !

*FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), 2011 

**Chiffres de l’étude “Etat des lieux des masses de gaspillages alimentaires et de sa gestion aux différentes étapes de la chaîne alimentaire” de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)

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