Pourquoi le bio est-il (souvent) plus cher ?

La nourriture biologique a la réputation d’être plus onéreuse. Selon l’Agence Bio  (groupement d’intérêt public en charge du développement, de la promotion et de la structuration de l’agriculture biologique française), le bio est entre 15 et 35 % plus cher que les produits conventionnels. Trois Français sur quatre jugeaient le bio inaccessible, selon l’UFC Que choisir ? en 2019. Que se cache-t-il derrière ces prix  ? Le bio est-il vraiment, invariablement, plus cher ? Entre mythe et réalité, décryptons ensemble les coulisses des prix affichés sur les étales des supermarchés.

 
Déjà, le bio, qu’est-ce-que c’est ? L’alimentation biologique : c’est un engagement. Celui de cultiver la terre, selon  des modes de production plus respectueux de l’environnement, respectant un cahier des charges exigeant qui repose sur le respect des écosystèmes et des cycles naturels : les produits chimiques de synthèse, l’antibiothérapie préventive et les OGM sont interdits ; la rotation des cultures est obligatoire et le recyclage des sous-produits végétaux et animaux privilégié. Et ce, sous le contrôle strict d’institutions indépendantes. Pour en savoir plus sur les engagements concrets du label bio français, lisez notre article Le bio, kézako? juste ici

L’alimentation biologique s’inscrit dans une démarche du mieux consommer. Pas de chimie, cela signifie des produits plus respectueux. Mais pas que. Aujourd’hui, on le sait, derrière le prix affiché des produits fermiers, bio, comme ceux, imbattables, des produits discount, il y a souvent quelqu’un qui perd au change. La planète, l’agriculteur ou l’agricultrice, l’animal, notre santé, ou tous en même temps. Le bio ne s’engage pas à mieux rémunérer les agriculteurs. Mais il s’engage à respecter des engagements respectueux de l’environnement, qui influent, automatiquement, sur le prix de production et donc, le prix en magasin. Eh oui, faire le choix du bio, ce n’est pas qu’affubler ses produits d’une jolie feuille verte. C’est, nous allons le voir, transformer profondément son mode de production et de distribution pour les producteurs.

La question de la main d’œuvre



Ne pas utiliser de pesticides chimiques, c’est super pour les agriculteurs qui préservent leur santé, celles des consommateurs et des nappes phréatiques de leur région, mais… ça demande plus de boulot. Prenons l’exemple de la carotte. Les carottes attirent une certaine mouche. Pour s’en protéger, soit on applique un insecticide toutes les semaines. Soit, on étend de grandes bâches et on surveille manuellement. Vous avez compris ? Les exploitations labellisées bio demandent généralement plus de main-d'œuvre. Que ce soit pour désherber ou entretenir les sols sur lesquels les bêtes pâturent, l’équation est la même : - de produits chimiques = + de travail. Et la main d’œuvre, il faut la payer. 

La question du bien-être animal

Le bio s’engage au mieux-être des animaux. Ça veut dire quoi concrètement ? Eh bien, pour être qualifié d’éleveur labellisé bio, il faut garantir un certain nombre d’engagements : 

  • Les lieux de vie des bêtes doivent être plus grands pour respecter les comportements naturels des espèces et assurer un certain minimum d’espace pour chaque animal. Cela signifie faire baisser le nombre de bêtes ou agrandir son hangar, par exemple. 
  • Les pâturages doivent être réalisés sur des prairies saines et entretenues sans produits chimiques.
  • L’alimentation est naturelle et coûte davantage pour les paysans qui n’ont pas les moyens de nourrir leurs bêtes avec leur propre production. 
  • Le temps d’élevage est souvent plus long : en moyenne trois ans pour un bœuf en élevage bio et 18 mois en élevage classique. Pourquoi ? L’alimentation industrielle, très riche en hormones et céréales choisie par l’élevage conventionnel, booste la croissance des bêtes. Élever les animaux plus longtemps, cela coûte plus cher en matières premières (eau, nourriture, etc). 
  • Les antibiotiques ne doivent être utilisés qu’en dernier recours et non pas donnés dans la nourriture à titre préventif.

Des engagements qui exigent de l’argent pour adapter les locaux, employer de nouvelles mains et investir dans des produits de meilleure qualité. CQFD.

La question des produits chimiques

Ne pas utiliser de chimie, cela représente généralement, une perte de rendement. Un champ bio produit entre 50 % et 20 % de moins que l’agriculture classique. Sans le boost artificiel des produits chimiques, les cultures sont moins performantes. Et ce qui est rare est plus cher. Des initiatives comme Kokopelli (association qui protège la diversité et propose des semences reproductibles à la vente), montrent aujourd’hui que les semences anciennes sont très résistantes, et ce, sans aucun produit chimique. Malgré cela, un véritable lobby enserre le monde agricole avec des graines industrielles, non reproductibles et transformées. Alors, des rendements exceptionnels et la même quantité de  courgettes luisantes anti moucherons toute l’année, c’est efficace, mais c’est artificiel. En plus de cet écart, les engrais biologiques, les pesticides naturels et la nourriture organique sont, eux aussi, plus onéreux. Immanquablement, la note se sale.

La question de la distribution

La production d’un aliment bio, nous l’avons vu, demande plus de moyens. Côté distribution également, la démarche est différente. Les produits biologiques doivent être récoltés et stockés indépendamment des autres pour éviter toute contamination aux pesticides ou produits chimiques. Avant, ils étaient conditionnés sous plastique pour éviter de les confondre, car les distributeurs craignaient que les consommateurs ne les pèsent et les paient en les faisant passer pour du non-bio. La réglementation a changé et la grande distribution n’a plus le droit de vendre les fruits et légumes dans des packagings plastiques non recyclables. À cela s’ajoute le fait que pour avoir le label bio et le garder, l’agriculteur doit le payer de sa poche. Les consommateurs s’attendent, aussi, à un prix plus élevé et ne se rendent pas forcément comptent de la marge qu’instaurent les distributeurs. Et voilà, votre litre de lait a pris quelques centimes.

Consommer bio sans se ruiner, c’est possible ?

On l’aura compris, le bio a bien des raisons d’être plus cher. Mais existe-t-il des moyens de le consommer à prix plus doux ? Spoiler alert: oui ! Quand on mange local, de saison, peu de produits transformés et peu de produits carnés, le bio, ne coûte pas si cher. Alors voici quelques astuces pour consommer bio, sans trouer son porte-monnaie. 


Limiter le nombre d’intermédiaires

En achetant en AMAP, aux associations de paysans ou chez le primeur, vous limitez les intermédiaires et faites baisser le prix de distribution. Ainsi, vous trouvez des prix équivalents à ceux proposés par l’agriculture conventionnelle, voire inférieurs dans les associations d’agriculteurs qui vendent en direct.


Acheter en vrac

Côté primeur, qui dit vrac, dit sans emballages et donc moins cher. Quand vous achetez un paquet de carottes emballées sous plastique, eh bien… vous payez aussi le plastique. Logique. Acheter en vrac, c’est limiter l’utilisation d’emballages et réduire le prix final de votre ticket de caisse. 


La saisonnalité, c’est la clé

Acheter de saison et local, ce n’est pas seulement bon pour la planète. Manger des pêches ou des tomates en hiver, même si c’est bio, ce n’est pas vraiment le moment. Il faut les faire venir de plus loin et ça coûte mathématiquement, plus cher. Alors oui, les tomates mozza’ on adore, mais elles ne seront que meilleures si on attend sagement de les manger au soleil  !


Acheter en gros pour faire baisser le prix au kilo

De plus en plus de sites et de magasins bio vous le proposent. Les lentilles au kilo, les amandes, l’huile d’olive en bidon, les haricots secs et autres produits d’épicerie… Cela permet d’aller faire ses courses moins souvent et en faisant de belles économies.


Faire le choix d’initiatives anti-gaspi à petits prix

Chez Bene Bono, nous vous proposons chaque semaine des paniers de fruits et légumes bio, français et de saison, ainsi que des produits d’épicerie sauvés du gaspillage, savoureux et à prix cassés. En récupérant ceux qui ne correspondent pas aux normes de la distribution parce que trop gros, bossus ou en trop grande quantité, on vous offre un prix jusqu’à 40 % moins cher qu’en magasin spécialisé. Là aussi, ça fait la différence !

Vous l’aurez compris, faire le choix du bio, c’est faire celui de consommer peut être différemment, peut être moins, mais en s’engageant. Un prix plus élevé, certes, mais un produit meilleur pour soi et pour la planète, qui ne coûtera pas cher aux collectivités locales pour dépolluer les nappes phréatiques, à la santé de votre agriculteur ou au bien-être de la belle vache normande qui fait votre lait. C’est un produit exigeant qui limite les nuisances.  Aujourd’hui, la demande en produits biologiques croît chaque année. Plus nous mangerons du bio, plus les produits bio seront produits, des solutions seront trouvées pour faciliter leur commercialisation et un engagement à plus grande échelle sera appliqué pour la planète. Nous y arrivons. L’écueil à éviter est celui de faire du biologique, discount et industrialisé. Le challenge de ces prochaines années est là.  Faire du bio en plus grande quantité sans perdre la qualité et sans baisser la rémunération, déjà mince, des agriculteurs. Agriculteurs sans qui… eh bien, nous ne mangeons pas (retrouvez notre article sur les méthodes de rémunération des paysans français, juste ici). Vous savez tout, ou presque, et possédez, à présent, le magnifique pouvoir de voir à travers les étiquettes.

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