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Les insectes sont en danger, volons à leur rescousse.

Marion Gaulin (Nouvelle Empreinte)

21 juin 2024

Lorsqu’on parle d’espèces en voie d'extinction, nous pensons souvent à des animaux majestueux tels que l’ours polaire, la panthère des neiges, le lynx boréal ou encore la baleine bleue. Ces espèces font partie des listes rouges à surveiller mais elles ne sont pas les seules…

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Une extinction de masse a lieu sous nos yeux, près de chez nous, dans le plus grand des silences. Ces petits êtres peuvent en effet réveiller moins d’empathie en nous mais sans eux, nous ne pourrions pas nous nourrir.

Et oui, nous parlons bien des insectes !

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Plusieurs travaux ont été effectués à ce sujet depuis plusieurs années.

  • En 2017, les recherches de Hallmann et al. ont révélé que la biomasse des insectes volants avait chuté de 75% en seulement trois décennies en Allemagne.
  • En 2019, l’étude de la revue Biological Conservation conclut que plus de 40% sont en déclin et un tiers en voie de disparition.
  • Et c’est en 2021 que la revue Proceedings of the National Academy of Sciences publie un ensemble de douze études dressant un autre bilan préoccupant : les populations d'insectes déclineraient de 1 à 2% par an.

"Vous perdez 10 à 20% des animaux en une seule décennie et c'est absolument terrifiant. Vous détruisez la tapisserie de la vie" - David Wagner, chercheur à l'université du Connecticut.

Les insectes pollinisateurs, gardiens de la vie sur Terre. 🐝

Selon un rapport d'évaluation sur les pollinisateurs de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), les 3/4 des cultures agricoles à travers le monde dépendent du transport naturel de pollen par des insectes pollinisateurs tels que les abeilles, les guêpes, les bourdons, les papillons, etc.

Comment fonctionnent-ils ?

  • L’insecte se pose sur une fleur mâle pour butiner. Il récolte ainsi du pollen.
  • Lorsque l’insecte repart et se pose dans une fleur femelle, le pollen se dépose sur le stigmate et féconde ainsi la plante.
  • Au fil du temps, les plantes ont développé de véritables stratégies pour attirer les insectes grâce à des fleurs très colorées, parfumées et en produisant le nectar dont les pollinisateurs se nourrissent.

Vous l’aurez compris, la relation plantes et pollinisateurs, c’est du gagnant-gagnant !

« Si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait plus que quatre ans devant elle ». Cette citation apocryphe est attribuée à Einstein. On ignore si notre bon vieux Albert l’a vraiment dit mais elle a le mérite de résumer le rôle essentiel des pollinisateurs.

En effet, les 3/4 des fruits et légumes que nous consommons disparaîtraient si les insectes pollinisateurs venaient à s’éteindre et on ne mangerait plus que certaines céréales.

Qui dit moins d’insectes pollinisateurs dit perturbations au sein de la chaîne alimentaire. Les oiseaux, les amphibiens et d'autres animaux qui dépendent des insectes pour leur alimentation sont alors affectés, entraînant des effets en cascade dans l'écosystème.

trophic-levels-ecological-pyramid.png Source: Learn Biology Online

Mais alors, comment en est-on arrivé là ? 🧐

Les causes de la disparition des populations d’insectes sont diverses mais toutes tirent leurs origines dans les activités humaines. L'urbanisation, l'agriculture intensive et l'utilisation de pesticides font partie des premières causes de leur déclin.

Capture d’écran 2024-06-21 à 14.37.57.png Source : nationalgeographic.fr

La destruction des habitats

La disparition des populations d'insectes peut en partie s’expliquer par la perte de leurs habitats due à l'urbanisation et à l'intensification de l'agriculture. Les habitats naturels sont donc fragmentés et réduisent la mobilité de nombreux insectes. Les routes par exemple, représentent un obstacle colossal pour rejoindre d’autres habitats.

Les espèces invasives

Les espèces invasives sont des plantes, des animaux ou des micro-organismes qui ne sont pas originaires de l’écosystème dans lequel ils sont introduits. Elles envahissent leur nouvel environnement et prolifèrent très rapidement puisqu’elles n’ont pas forcément de prédateurs naturels pour contrôler leur population à cet endroit.

Les espèces invasives causent alors plusieurs problèmes, notamment pour les insectes, car elles vont venir perturber les écosystèmes :

  • En rentrant en compétition avec les espèces locales car elles vont consommer les mêmes ressources (nourriture et habitat).
  • En devenant de nouveaux prédateurs pour les espèces locales.
  • En modifiant les habitats naturels et en les rendant ainsi moins favorables pour les insectes locaux.
  • En introduisant de nouvelles maladies ou parasites à ce nouvel environnement, auxquels les insectes locaux ne sont pas résistants.

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La pollution lumineuse

La majorité des insectes sont nocturnes, la seule lumière nécessaire est la lumière naturelle de la lune et des étoiles. Mais les éclairages urbains allumés 24h/24 perturbent leurs comportements naturels. En étant attirés par ces sources de lumière artificielle, les chances de survie des insectes volants sont très minimes. Soit ils meurent d’épuisement soit deviennent une proie facile pour les oiseaux et les chauves-souris.

Capture d’écran 2024-06-21 à 15.13.00.png Source : cnrs.fr

Le réchauffement climatique

Vous ne pensiez quand même pas qu’il n’avait pas sa part de responsabilité dans cette affaire ? Le réchauffement climatique a un impact important sur la disparition des populations d’insectes de différentes manières.

Les insectes sont très sensibles aux variations de température. Si nous, humains, souffrons déjà des hausses de température, le seuil de tolérance des insectes est bien plus dépassé, réduisant ainsi leur reproduction et donc leur survie.

Le saviez-vous ? Des chercheurs ont observé au Canada que les abeilles se donnent la mort lors des vagues de chaleur en expulsant une partie de leur propre abdomen.

"Les plus sensibles commencent à périr au bout de deux à trois heures. C’est une température qu’elles ne devraient normalement pas vivre, mais nous voyons des abeilles devenir stressées au point de mourir" - Dr Alison McAfee.

Le réchauffement climatique a un impact sur le cycle des saisons. Selon les études de Jadu Dash, professeur en géographie et sciences de l’environnement à l’Université de Southampton, le printemps arriverait en avance, en moyenne de quinze jours et l’automne arriverait deux semaines plus tard. La saison de croissance de la végétation a donc été rallongée d’un mois, en moyenne, depuis cinq décennies. Ce phénomène vient alors perturber les cycles de reproduction et d’alimentation des insectes mais aussi leur synchronisation avec les plantes dont ils dépendent mutuellement.

Les pesticides

Les pesticides sont de loin la cause la plus destructrice pour les insectes. Qu’ils agissent directement ou indirectement, leur utilisation est tellement massive qu’elle ne laisse que très peu de chances de survie.

Les herbicides par exemple agissent de manière indirecte. En éliminant les “mauvaises herbes”, ils viennent réduire la diversité des espèces végétales et donc la nourriture ou l'habitat des espèces qui en dépendent.

D’autres ont une toxicité directe, spécialement conçue pour éliminer ou repousser les insectes considérés comme nuisibles. Mais les produits chimiques ne font pas le tri dans leurs victimes et affectent également d’autres insectes non ciblés, comme les abeilles, les papillons et d'autres pollinisateurs.

L’affaire des néonicotinoïdes

(Restez avec nous, ce n'est pas si compliqué et on vous a concocté un petit lexique à la fin de cet article. )

Aussi appelés « tueurs d’abeille », les néonicotinoïdes sont des insecticides dit systémiques. C’est-à-dire que le produit va être absorbé par la plante et circuler dans tout son système vasculaire. Son pollen et son nectar contiendront directement de l’insecticide afin que la plante puisse “s’auto défendre”.

Ce type d’insecticide est neurotoxiques, cela signifie qu’il agit directement sur le système nerveux central des insectes entraînant une paralysie puis la mort. Leur utilisation a un impact direct sur la diminution des populations d’abeilles, les pollinisateurs en chef. Comment ? En perturbant leur capacité de navigation, ainsi que leur processus d’apprentissage et de mémorisation, ce qui a un impact direct sur leur efficacité à rechercher de la nourriture.

D’autres études ont prouvé que l’utilisation de néonicotinoïdes fait baisser les populations d’abeilles, entrave leur croissance, leurs réponses immunitaires et leur reproduction.

Néonicotinoïdes : récap’ d’une affaire politique sensible.
  • En France, les néonicotinoïdes sont majoritairement utilisés depuis les années 1980 dans la culture de betterave sucrière.
  • En 2003, le CNRS démontre la nocivité de la molécule sur les abeilles.
  • En 2016, l’Assemblée Nationale vote l’interdiction en France des néonicotinoïdes à compter de 2018.
  • En 2020, le Sénat français **autorise la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes dans la filière betteravière. **
  • En 2023, la Cour de justice de l’Union européenne interdit toute dérogation à l’utilisation des néonicotinoïdes.

Ces interdictions poussent alors les filières à trouver d’autres solutions, ce qui implique de considérer des techniques d’agriculture plus respectueuses de l’environnement et de la biodiversité telles que :

  • L’agroécologie : agriculture + écologie. L’agroécologie s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels afin de préserver la capacité de renouvellement des sols.
  • L’agroforesterie : associe des arbres et des cultures et/ou des élevages d’animaux sur une même parcelle. Le but ? Lutter contre l’érosion des sols en recréant un microclimat sur les cultures.
  • L’agriculture Bio : vise à respecter les écosystèmes et cycles naturels afin d’améliorer l’état du sol, de l’eau et de l’air.
  • L’agriculture régénératrice : réunit un ensemble de pratiques agricoles dont l’objectif est de restaurer naturellement la fertilité des sols malades ou épuisés.

Le déclin des insectes est un sérieux signal d’alarme de la santé de la biodiversité. Bien qu’ils aient une taille insignifiante, l’impact de leur disparition est global et nous concerne directement.

Mais selon les spécialistes, il n’est pas (encore) trop tard pour agir !

Parmi eux, Matthew Forister, écologue de la University of Nevada, a coécrit une analyse proposant des solutions à mettre en place directement depuis chez soit : créer des habitats favorables en tondant moins, planter des espèces natives, réduire l'utilisation des pesticides et limiter l'éclairage extérieur la nuit.

"Même une petite parcelle peut être très importante et fournir aux insectes un lieu où nicher et trouver des ressources " - Akito Kawahara, entomologiste, scientifique.

Changeons de regard sur les insectes, ils nous maintiennent en vie.

" Les insectes sont très résistants. Cela fait 480 millions d'années qu'ils sont là. Ils ont survécu aux dinosaures, mais ils ne peuvent pas affronter ce bombardement de choses qui leur arrive en ce moment. " - Dave Goulson

Le Bono lexique 📚

  • Biomasse : l'ensemble des matières organiques pouvant devenir des sources d'énergie.
  • Pollinisateur : se dit des insectes qui produisent et transportent du pollen.
  • Stigmate : l'extrémité du pistil, l'organe reproducteur féminin, d'une fleur, il reçoit le pollen.
  • Ecosystème : ensemble vivant formé par un groupement de différentes espèces en interrelations (nutrition, reproduction, prédation…) entre elles et avec leur environnement (minéraux, air, eau).
  • Néonicotinoïdes : Les néonicotinoïdes sont une famille de substances insecticides.
  • Neurotoxiques : capacité d’une substance à induire des effets néfastes dans le système nerveux.
  • CNRS : le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) est un organisme public de recherche fondamentale.

Pour aller plus loin 💡

  • Quel est l’impact du changement climatique sur les saisons ? (polytechnique-insights.com)
  • La disparition des insectes menace nos conditions d’existence. (pronatura)
  • Science: Impact des néonicotinoïdes sur les abeilles (generation-futures.fr)

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